26/04

« Les clés du burn out » Guide des bonnes pratiques en entreprise

  • Désillusion

  • Epuisement

Repérer

Le burnout est d’abord un état décrit par l’OMS comme « un sentiment de fatigue intense, de perte de contrôle et d’incapacité à aboutir à des résultats concrets au travail ». Le Dr Herbert J. Freudenberger, en 1980, explique que c’est « un état qui rend l’individu, consciemment ou inconsciemment, incapable de soutenir ses obligations journalières avec l’énergie et l’enthousiasme habituels ».

Le burnout est aussi un processus ; selon Cary Cherniss (1980), ‘c’est un processus dans lequel un professionnel précédemment très engagé perd pied et se désengage progressivement et SANS LE VOULOIR de son travail, en réponse au stress et aux tensions ressenties’.

Une personne en processus de burnout se consume littéralement de l’intérieur ; les signes extérieurs sont de ce fait difficilement perceptibles, voire peuvent passer inaperçus.

Pour Christina Maslach (1976), c’est un syndrome psychologique à trois composantes : un épuisement émotionnel, une approche dépersonnalisée des autres (clients, patients, collègues, etc.) et un faible sentiment d’accomplissement personnel.

Le burnout a été constaté dans les métiers à fort engagement, ou à forte implication affective ou morale, tourné vers l’humain. Le déclenchement est plutôt associé à un engagement et à un dévouement très élevés (il est souvent décrit comme « la maladie du battant »). Le facteur stress est systématique dans le burnout, alors qu’il ne se retrouve que dans 50% des cas de dépression.

Un processus en 5 étapes (qui peuvent durer des années)

 – Phase 1 : L’alarme (‘2 secondes, je termine un mail’)

Phase 2 : La résistance (‘tu ne peux pas comprendre’)

Trois raisons peuvent amener à basculer dans la phase 3 : Le succès ou la reconnaissance ne sont pas au RDV; l’activité est sans cesse soutenue et ne permet pas de faire rimer exigence élevée et résultats attendus par l’entreprise; l’incapacité à apprécier les succès compte-tenu de son exigence « ce n’est jamais assez bien ».

Phase 3 : La désillusion (‘je ne vais jamais en voir le bout’) = la rupture

Une fois l’objectif atteint, la personne s’aperçoit que son ressenti d’oppression, de surcharge est toujours là. Dans cette phase, le niveau d’énergie et de motivation va bcp diminuer : plus de mal à se lever le matin, moins d’entrain à rejoindre le travail…Les indices sont plus nombreux (impatience, cynisme, désengagement, irritabilité, anesthésie émotionnelle & physique, etc.). On parle alors de rupture, car les comportements changent et les symptômes physiques sont aussi plus marqués : maux de dos, maladies chroniques et « autres messages » du corps deviennent de plus en plus pressants. Mais la personne ne les écoute pas. Les arrêts de travail, même courts, préconisés par le médecin sont souvent refusés ou mal vécus. Comme la personne a « décroché » du travail, son corps lui donne la mesure de l’épuisement. Elle peut en conclure, de façon erronée, que l’arrêt de travail n’a servi à rien. Elle sous-estime le danger qu’elle fait encourir à sa santé. Certaines personnes restent longtemps dans cette phase 3, accrochées à l’idée qu’elles n’ont pas le choix. Leur charge est telle qu’elles ont la sensation qu’elles n’y arriveront plus, mais elles restent attachées à leur travail et à l’exigence de résultat qui les définit depuis le début. Elles gardent donc un haut niveau de stress et un haut niveau d’engagement car elles ont le sens du devoir. C’est pour cela que beaucoup vont rester en phase 3 et ne jamais connaître la phase 4.

Phase 4 : L’épuisement (‘je suis au bout du rouleau’)

Un jour, un évènement, une réflexion, une demande qui semble irréalisable, et tout s’écroule. Sentiment de « grand vide » ou de « grand trou », soit même encore une perte de mémoire, associée à un malaise et à une hospitalisation. C’est le corps qui lâche d’un seul coup ; la chute est vertigineuse ; la personne se dit « consumée de l’intérieur » (état d’anxiété chronique, syndrome post-traumatique sur tout ce qui évoque le travail, dépression qui touche d’autres domaines que le travail…). L’arrêt de travail s’impose et constitue le premier traitement ; il serait de 6 mois en moyenne. Le langage courant appelle communément cette phase le « burnout », sans savoir qu’il s’agit d’un processus avec 3 phases préalables.

Phase 5 : La « renaissance »

Pour être réparateur, l’arrêt de travail doit être accompagné d’une coupure totale avec le milieu professionnel (rencontre, tél, mails). L’estime de soi étant altérée, il conviendra de suivre un travail de reconstruction thérapeutique. Dans le cas de la reprise de travail, l’idéal est d’associer le non jugement et la bienveillance du manager, des collègues et des clients, ainsi qu’une adaptation du rythme ou de la charge de travail : par ex le mi-temps.

La bonne nouvelle est que nous n’avons pas besoin d’atteindre la phase 4 pour accéder à la phase de renaissance ; à tout moment, une personne peut, non seulement rendre réversible le processus de burnout, mais aussi, et cela est plus satisfaisant, sortir définitivement du processus, en accédant directement à la phase de renaissance.

 Les trois composantes du burnout

C’est aussi un syndrome composé de 3 composants, à coupler entre eux, qui permettent de différencier le burnout d’autres symptômes comme l’épuisement physique.

  1. L’épuisement émotionnel: fatigue, démotivation, perte de plaisir au travail et découragement
  2. La dépersonnalisation (touche à l’identité)
  3. La perte de sens et de l’accomplissement de soi au travail

Différence entre épuisement physique et burnout : Une personne en suractivité, qui épuise son corps et qui tombe malade, ne s’inscrit pas dans un processus de burnout tant que : son travail l’épanouit, son action continue à avoir du sens, le fait de gérer autant de projets ou d’actions nourrit une bonne image d’elle-même, la motivation est toujours au rendez-vous.

Le stress

Stress vient du latin « stringere » qui signifie serrer, presser. Selon l’OMS, il s’agit « d’un déséquilibre entre la perception qu’une personne a des contraintes que lui impose son environnement et de ses propres ressources pour y faire face ». C’est le stress physiologique (corps sous stress) qui est impliqué dans le burnout. Le stress négatif est lié à une perception erronée du danger, avec une absence de prise de recul sur les enjeux réels. Dans le burnout, il y a d’un côté la personne, qui a tjrs la volonté de continuer à travailler et d’atteindre ses objectifs, et de l’autre, son corps, en autonomie, qui va vers l’épuisement. Le propre du système nerveux végétatif ou autonome, qui assume l’homéostasie, est justement d’être indépendant de la volonté; il assure le fonctionnement autonome des organes internes. Il est composé de 2 systèmes antagonistes, une « pédale de frein » et « une pédale d’accélérateur ». Ces deux systèmes sont consommateurs d’énergie, c’est-à-dire de calories, mais jouent deux rôles bien différents et complémentaires :

Le système orthosympathique (l’accélérateur) : permet d’être dans l’action et le mouvement ; il stimule le cœur, la respiration et l’activité mentale au détriment d’autres fonctions (reins, estomac, intestins). Il dirige les dépenses énergétiques pour aider le corps à s’adapter aux changements constants de l’existence.

Le système parasympathique (le frein) : système de récupération, qui s’occupe des fonctions régénératrices et nettoyantes du corps (reins, estomac, foie, vésicule biliaire, etc.) ; il oriente et concentre l’énergie vers ces fonctions et amène un ralentissement général. Il favorise la détente et le sommeil.

Si le premier domine, il y a alors un emballement du système : l’énergie est dépensée constamment sans être restaurée, d’où une fatigue et un épuisement (phase 2 & 3 du burnout). Si le parasympathique domine, il y a alors léthargie, et incapacité de la personne à réagir et à pouvoir s’adapter (phase 4).

L’être humain a un besoin vital de repasser en vagotonie, c’est-à-dire de faire des pauses, souffler et dormir. Le risque en cas d’absence d’alternance entre ces deux systèmes est un dérèglement du système nerveux autonome, qui conduit à un stress secondaire chronique : plus il y a de stress, plus la perception des situations est déformée et plus cela génère du stress.

 Un plan d’action systémique

C’est la rencontre de facteurs de l’environnement professionnel et de facteurs personnels qui produit le burnout.

Facteurs liés au travail (Wx de Christiana Maslach) : une surcharge de travail systématique, une faible marge de manœuvre personnelle, le manque de récompense ou de reconnaissance sociale, le manque d’esprit de groupe/de solidarité, le manque d’équité, des valeurs contradictoires et une qualité empêchée ;

Facteurs personnels (Wx de H. Freudenberger) : très grande importance donnée au travail, un manque de confiance en soi, un système de croyances qui limite le choix des comportements au travail, l’empathie comme moteur, des conflits de valeurs, des facteurs personnels aggravants.

Quand l’individu est suivi seul (thérapie/coaching), il peut sortir du processus mais ce travail individuel est plus long quand il est seul à agir sur ses propres facteurs.

Réguler son système nerveux

Le burnout est lié à un dérèglement du système nerveux soumis à un stress permanent ; il s’agit donc de rééquilibrer les systèmes orthosympathique et parasympathique par alternance. Cette régénération peut prendre plusieurs formes : la capacité à se reposer, l’état d’esprit avec lequel on aborde l’action et par l’apprentissage à se ressourcer pendant certaines actions ! Enfin, pour d’autres, il s’agira de se ressourcer au travers d’une activité extérieure au travail qui suscite un fort intérêt.

Moyens d’activer le parasympathique sur son lieu de travail : la pause-déconnexion (créer des sas de décompression tout au long de la journée), cultiver les émotions positives (joie, surprise joyeuse, gratitude) ; la respiration (l’expiration prolongée, la minute starter pour être présent à ce qui se passe, la cohérence cardiaque, points d’acupuncture pour se détendre – presser légèrement avec la main le milieu de la poitrine en mouvements circulaires + idem avec le pouce la paume de la main, dans le sens des aiguilles d’une montre, sieste soit de moins de 30 minutes, soit d’un cycle de 90 minutes).

Travailler avec son corps

Le burnout est un épuisement physiologique ; pour en sortir ou s’en prémunir, il faut donc prendre soin de son corps. Trois symptômes alertants : le sommeil (quand le repos ne résorbe plus la fatigue), la perte de plaisir et la consommation de produits.

Modifier sa perception du travail

Beaucoup de professionnels subissent leur charge de travail comme une obligation, voire comme une prison. Cela amène la sensation d’être oppressé, écrasé ou submergé.

Outil N°1 : Diminuer la charge émotionnelle liée au travail : diminuer la perception émotionnelle des enjeux, tout en restant impliqué. Car, à force de considérer que tout relève d’une importance vitale, on en perd le discernement (enjeu de « vie ou de mort »). Plus on est émotionnellement investi, moins on pourra accompagner un collaborateur à prendre du recul. Pour diminuer la pression, le manager doit aussi apprendre à communiquer de façon plus positive (la pression devient alors stimulante) + Se donner des objectifs réalistes et qui ont du sens pour soi.

Outil N°2 : Réinterroger son rapport au temps : Identifier clairement à quelle tâche ou quelle activité on choisit d’attribuer son temps.

Revoir sa relation au travail

Il convient 1/ de nourrir le sentiment d’utilité, 2/ de réintroduire d’autres centres de réalisation (sport, culture, détente, vie associative…), et si « ne rien faire » devenait aussi un centre de réalisation ? (= vivre un moment sans objectif de productivité) et 3/ faire évoluer son système de croyances et de valeurs (dans la phase 2, la personne résiste, elle « tient le coup », mais de façon rigide, sans remise en cause. Or, on peut apprendre à tenir ou résister autrement, dans le respect de soi-même. Une personne très investie et impliquée dans son travail ne peut pas diminuer sa conscience professionnelle. Quand elle entend des conseils tels que « prends du recul », « ta vie n’est pas en jeu », « après quoi tu cours », elle ne peut pas les appliquer. Ce serait contre nature pour elle. Dans ce cas, au lieu de chercher à « être moins quelque chose », on peut se demander quel élément serait à ajouter qui amènerait un certain équilibre. Parfois, se réaligner sur ses valeurs implique de prendre des décisions fortes.

Redevenir sa propre « tour de contrôle »

Il s’agit d’abord de bien se connaître : identifier et respecter ses besoins pour fonctionner de façon optimum & renouer avec la confiance en soi. Il existe 2 types de confiance en soi : conditionnelle (liée à l’apprentissage de nouvelles compétences par la répétition) et inconditionnelle (liée à la conviction qu’il existe dans la vie tout ce qu’il me faut pour grandir et évoluer). Prenez soin de vous ; comportez-vous en parent bienveillant vis-à-vis de vous-même et sortez régulièrement de votre zone de confort, de vos habitudes quotidiennes, en vous lançant des défis réalistes qui demandent de faire appel à de nouvelles ressources.

 Développer son assertivité

C’est un comportement qui permet d’exprimer ses besoins et ses limites sans nuire aux autres tout en se respectant soi-même. C’est aussi une attitude de fermeté quant à ce que l’on considère comme acceptable ou non ; cela permet de faire passer un message difficile sans passivité ni agressivité (« ni hérisson, ni paillasson »). Le burnout ne se manifeste que par rapport au travail ; il est donc courant qu’une personne en processus de burnout n’ait plus aucune énergie ni volonté au travail, mais reste tout à fait apte à gérer des projets personnels.

La récupération se produit pendant le repos, le calme, la relaxation et le sommeil. Nous gagnons de la force par l’inactivité, nous la dépensons par l’activité. Dans le cadre du burnout, nos valeurs sont bafouées par les autres, mais surtout systématiquement par nous-même. Revenir à nos fondamentaux, à ce qui nous fait vibrer, est donc essentiel.

 

Auteurs : Véronique Bouquet, Anne Lebourgeois, Véronique Lepel Cointet

Éditions : LCB Ressources

 

Réflexion:

En effet « miroir », en quoi cette lecture pourrait-elle évoquer votre parcours et comment pensez-vous qu’elle nous inspire dans nos accompagnements de cadres & dirigeants, en OUTPLACEMENT INDIVIDUEL et EXECUTIVE COACHING ?

Au plaisir de futurs échanges …