La Médiation, un nouveau projet de société ?

Préface (Dominique Anne Bloechle)

N’avons-nous pas tous une part en nous mise à l’écart, un côté jugé négatif que l’on croit préférable de conserver dans un tiroir de notre être, fermé à double tour ? C’est ce déni d’une part de soi que le psychanalyste Carl Jung a nommé ombre : « Quand on regarde dans le miroir des eaux, on voit d’abord sa propre image. Celui qui va vers lui-même risque de rencontrer cette partie de lui-même qu’il fuit. Le miroir ne flatte pas, il donne une image fidèle de ce qui regarde en lui, c’est-à-dire le visage que nous ne montrons jamais au monde parce que nous le dissimulons au moyen de la persona, ce masque de l’acteur. Or le miroir se trouve derrière le masque, il dévoile le vrai visage. C’est là la première épreuve de courage sur la route intérieure » déclare-t-il dans son ouvrage ‘L’âme et la vie.’

Mais ce qui est confiné veut souvent sortir au grand jour pour crier sa vérité. Ne rencontrons-nous pas, au cours de notre existence, des épreuves et des conflits qui viennent renverser le château de cartes de notre quotidien et qui révèlent de nous un visage différent ? « L’onde de choc du conflit ouvre une brèche dans la muraille de notre édifice, de notre tour d’ivoire. Nous sommes entraînés par cette puissance dans un rite de passage », explique Marie-Lise Labonté dans son livre ‘ Le Point de rupture ‘. Et si le conflit était un miroir réfléchissant de nos mondes intérieurs pour nous guider vers notre être essentiel ?

Le corps exprime ce que l’esprit tait.

Gandhi lui-même préconisait : « Sois le changement que tu veux voir dans le monde ».

 

L’art du conflit ou comment rester zen

Eckhart Tolle : « Quand l’ego est en guerre, dites-vous que ce n’est rien de plus qu’une illusion qui se bat pour survivre. Cette illusion pense que c’est vous. Au début, il n’est pas facile d’être la présence- témoin, surtout quand l’ego est en mode survie ou qu’un schéma émotionnel du passé a été activé. Mais une fois que vous y avez goûté, la présence prendra de l’ampleur et l’ego perdra de son emprise sur vous ».

Le conflit sous l’éclairage de la philosophie zen

La mise en relation des mots « conflit » et « zen » dans une même phrase résonne comme un oxymore, une véritable contradiction de sens, comme le seraient deux concepts polaires irréconciliables. Contradiction qui va permettre d’ouvrir un terrain d’exploration pour une approche complètement nouvelle de la résolution de conflits. Celle-ci propose de plonger dans un conflit de son plein gré, avec calme, acceptation et fermeté, en gardant l’enthousiasme de pouvoir apprendre au sujet de nous-mêmes.

Nous constatons que nous avons créé nous-mêmes une grande partie de nos problèmes par l’interprétation que nous en faisons. Lorsque nous focalisons nos énergies sur une croyance, elle devient réalité. La réalité n’est qu’une affaire de perspectives. Si l’on prend la Tour de Pise, on peut penser qu’elle penche à droite, mais il est également vrai, vu d’un autre angle, qu’elle penche à gauche.

Quand nous abordons un conflit avec une attitude zen, nous apprenons à nous connaître, nous testons nos limites, nous reconnaissons nos différences. Le concours de lutte est d’abord en nous ; une fois que nous avons compris cela, nous pouvons triompher du monde entier, car il n’y a plus ni séparation, ni lutte.

L’Occident et la philosophie zen

Certaines personnes sont tellement accoutumées aux conflits qu’elles dépendent de lui pour se sentir vivantes. Atteindre une attitude zen consiste à prendre la responsabilité de ses propres actes, en regardant à l’intérieur de soi dans le but d’y déceler des réponses intègres. Cette solution, trouver par elle-même pour elle-même, est bien plus durable qu’une solution imposée par un juge venu de l’extérieur.

L’autre n’est pas un ennemi ; tentons le dialogue… En adoptant cette attitude, nous nous donnons la double chance, à nous et à l’autre, d’évoluer. La seule manière réelle de gagner une dispute est de s’assurer que les deux parties arrivent à une compréhension mutuelle des besoins de chacun. Gandhi disait : « Chaque combat est un combat entre les différents angles de vision illuminant la même vérité ».

Les conflits extérieurs que nous rencontrons reflètent presque toujours nos conflits intérieurs. Nous nous sentons offensés (souvent à tort) par des gens « qui semblent tirer profit » de nous, selon notre interprétation, alors qu’en fait, c’est nous qui permettons cette situation. Nous devons prendre la responsabilité de notre bonheur et identifier nos besoins.

Saisir le conflit à temps

Richard Bach (1936) : « Si ce n’est jamais de ta faute, tu ne pourras pas en prendre la responsabilité. Si tu ne peux pas en prendre la responsabilité, tu en seras toujours victime ».

La peur est souvent un des plus grands inhibiteurs, elle nous empêche de sortir de notre zone de confort.

« Tu es parfait tel que tu es ». Voilà le point de départ pour commencer à explorer de nouveaux territoires. Nous sommes sur terre afin d’expérimenter la condition humaine et nous avons reçu un jeu de cartes bien spécifique : il n’y a aucun autre jeu, ni aucune autre carte à jouer que celle que nous avons. Nous sommes invités à nous différencier dans notre unicité et à nous rapprocher dans nos différences. C’est dans ce paradoxe que se situe la véritable résolution de conflits. Nous savons aussi que tous les « Je devrais » que nous nous vous imposons ont tendance à accroître le stress et à assombrir nos pensées. Ces injonctions sont de vrais fardeaux et provoquent des ruminations mentales stériles. Chaque nouvel impératif, le « Y’a qu’à » et le « Il faut », alourdit notre vie et inhibe notre liberté.

Aborder une situation conflictuelle dans le calme, en respectant nos besoins, telle est la clé de la résolution de conflits. Faire une demande sans exigence nécessite une bonne part de confiance en soi. Nous devons laisser tomber nos masques et montrer notre vulnérabilité. Émettre une requête, c’est avant tout accepter que l’autre puisse dire non. Exposer ses faiblesses peut se révéler difficile. Mais c’est cela qui va nous aider à atteindre l’autre. Avoir l’audace de montrer ses défaillances va permettre aux gens de faire de même. C’est le début de la résolution de conflits.

Dynamique du conflit

Afin de mieux comprendre le conflit et la manière dont nous pouvons le résoudre, nous devons d’abord nous résoudre à l’affronter et non pas à l’ignorer. Si nous n’avions aucun conflit, nous ne connaîtrions pas nos limites. Nous n’aurions pas testé nos frontières ou notre propre pouvoir. Nous ne serions pas capables de nous remettre en question et de parfaire nos connaissances. En fait, le conflit est une opportunité.

 « Le vieil indien explique à son petit-fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. ‘Lequel des deux loups gagne ?’ demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit ! » répond le grand-père ».

(Sagesse amérindienne)

 

Le conflit extérieur est le reflet de tous les conflits qui raisonnent en nous. Puisque nous agissons en fonction des interprétations de perception, changer de perception changera forcément l’interprétation. Au lieu d’attendre que notre entourage change, nous pouvons transformer la réalité en changeant nous-mêmes et en modifiant notre manière de voir les choses.

Dalaï-lama (1935) : « Nous ne pourrons jamais être en paix dans le monde extérieur tant que nous ne serons pas en paix avec nous-mêmes ».

« Ce que tu fuis te poursuit, ce à quoi tu fais face s’efface » (auteur inconnu). Nous attirons ce sur quoi nous focalisons, que cela soit de manière consciente ou non.

 

Auteur : Brigitte KEHRER                                                         

Éditions : Dervy

 

Réflexion:

En effet « miroir », en quoi cette lecture pourrait-elle évoquer votre parcours et comment pensez-vous qu’elle nous inspire dans nos accompagnements de cadres & dirigeants, en OUTPLACEMENT INDIVIDUEL et EXECUTIVE COACHING ?

Au plaisir de futurs échanges …